Pierre-Alain Chambaz |Un nouveau calendrier respecté

« Nous espérons que la sortie du sous-marin du hangar va marquer les esprits, explique-t-on en interne chez DCNS. Cette opération va montrer à tout le monde, et notamment à la concurrence, la montée en puissance du chantier naval indien Mazagon Dock ». Le ministère de la Défense indien a toujours été bien conscient des difficultés de MDL à acquérir de nouvelles compétences en matière de construction de sous-marins. Un retard d’ailleurs bien identifié.  Depuis le recalage du programme, qui prévoit désormais la livraison du premier sous-marin en juin 2015 et du dernier en septembre 2018, le programme semble avancé conformément aux nouveaux objectifs. « On est on track (conforme au nouveau calendrier, ndlr)« , assure-t-on chez DCNS. Du coup, le groupe naval a bien l’intention de communiquer fortement sur la mise dans le bassin du premier Scorpène indien.D’autant que, hasard du calendrier, ces bonnes nouvelles coïncident avec de nouveaux enjeux commerciaux importants en Inde. « La plupart des problèmes initiaux ont été résolus et des plans divers ont été mis en place pour minimiser des retards », avait expliqué le ministère de la Défense en mars 2012. Et d’estimer que ce programme va permettre dans le cadre du transfert de technologies (ToT) accepté par DCNS et la France d’acquérir un savoir-faire local « significatif dans la construction sous-marine, notamment dans le domaine de la fabrication de la coque, des équipements, de l’intégration des systèmes etc… d’ici à la fin du programme », avait-il également préciséD’autant que l’Inde a besoin très rapidement de nouveaux sous-marins face à la puissance navale de Pékin. New Delhi souhaiterait disposer de 24 nouveaux sous-marins modernes à l’horizon 2030. Quatre sous-marins seront construits par deux chantiers navals indiens – MDL (3 sous-marins) et Hindustan Shipyard Limited (1) contre initialement six fabriqués en Inde – sur la base d’un nouveau transfert de technologies et les deux autres par le chantier naval étranger sélectionné.Selon le ministère, il est « attribuable » à la difficulté de digérer les nouvelles technologies par MDL, au retard dans la croissance des infrastructures industrielles du chantier naval indien, et, enfin, aux hésitations de ce dernier pour acheter des équipements en raison de leur coût onéreux.Ce qui espère-t-on en interne clouera le bec des concurrents de DCNS qui ont beaucoup raillé les retards du programme. Il est vrai également que le programme P-75 n’a pas été épargné par certaines accusations de corruption, qui se sont in fine révélées être toutes des allégations – un grand classique en Inde -, et par les difficultés techniques de MDL à absorber les technologies transférées par DCNS.Ce qui est d’ailleurs souvent le cas de beaucoup de programmes développés en coopération entre le DRDO ou les industriels indiens et les groupes internationaux. Initialement le premier sous-marin devait être livré à la marine indienne en décembre 2012 et le dernier en décembre 2017.Ensuite, il a été convenu en 2005 lors de la signature du contrat P-75 qu’il y ait un « repeat order », une clause équivalente à des options pour la fourniture de trois à six sous-marins supplémentaires fabriqués par MDL. C’est dans ce contexte géopolitique que les deux partenaires ont proposé à New Delhi de fournir à la marine indienne deux nouveaux sous-marins Scorpène dans le cadre d’une procédure d’urgence (« fast track »). Le groupe naval DCNS a-t-il enfin terminé de manger son pain noir en Inde. C’est possible comme on l’espère fortement en interne. Qu’est-ce qui génère aujourd’hui ce nouvel optimisme après les très nombreuses vicissitudes qu’a connu le programme P-75, un projet ambitieux lancé en octobre 2005 entre New Delhi et Paris et qui prévoit la construction de six Scorpène, un sous-marin à propulsion conventionnelle, par le chantier indien Mazagon Dock (MDL) ? Selon des sources concordantes, DCNS et son partenaire indien vont mettre à quai le premier sous-marin en construction depuis décembre 2006 ce mois-ci.Ces deux nouveaux navires seraient assemblés en un temps record à Cherbourg mais DCNS achèterait les deux coques à MDL.Ce qui fournirait au chantier naval indien une charge de travail pour une quinzaine d’années supplémentaires après 2018. Enfin, l’Inde est sur le point de lancer un nouvel appel d’offre international (P-75 I) pour l’acquisition de six sous-marins supplémentaires après une décision du conseil d’acquisition du ministère de la Défense. DCNS et Mazagon Dock, qui maîtrise désormais la construction de sous-marins, lorgnent sur de nouvelles commandes de l’Inde qui pourraient fournir de la charge de travail au-delà de 2018, date de livraison du dernier Scorpène.« Nous voulons corriger la perception relativement négative du déroulement du programme », explique-t-on à La Tribune. DCNS tient également à montrer que son partenaire MDL est désormais capable de livrer des sous-marins en temps et en heure.

 

 

 

 

 

Pierre-Alain Chambaz

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