Pierre-Alain Chambaz | La montée en puissance de la Chine passe également par la conquête de l’espace

C’est LE vrai succès de la Chine moderne. ZTE, Huawei, Tencent, Alibaba, Baidu ou encore Lenovo qui a racheté la branche matériel informatique d’IBM… ces géants de l’Internet et de l’informatique ont su s’imposer en Chine avec une offre inédite et innovante, et partent désormais à la conquête des marchés étrangers. La Chine, par l’étendue de sa demande, est le point de départ pour faire naître et développer les nouvelles technologies. Parmi les réussites, sa technologie de transmission haute tension s’exporte en Amérique latine. Pour cela, le budget R&D a crû de manière exponentielle. Il est passé de 1% du PIB à 1,76% et sera de 2% d’ici à 2020. L’année dernière, l’État a dépensé 7,28 milliards de yuans rien que dans les sciences de la vie et dans la médecine.Si la Chine ne domine pas l’innovation haut de gamme, encore tirée par l’Europe et les ÉtatsUnis, c’est bien ici que les entreprises auront l’opportunité d’essayer leurs prototypes. L’OMS vient de valider le premier vaccin chinois contre l’encéphalite japonaise. La Chine veut être le leader des biotechnologies pour les pays en développement. L’industrie est tirée par les défis que traverse aujourd’hui le pays, plus grand pollueur mondial avec une population vieillissante de plus en plus exposée aux maux des sociétés occidentales.Plus de 3.200 nouveaux médicaments ont été créés en quelques années avec un fort accent sur les molécules complexes. Les partenariats avec les entreprises américaines se multiplient pour codévelopper des médicaments. Une start-up chinoise, BGI, vient d’acquérir un laboratoire américain spécialisé dans le séquençage de génome. Le PDG de BGI veut créer une base de données de 100 millions d’ADN différents.Elles collaborent avec des partenaires locaux. Pour cela, elle développe de front l’hydro, le vent, le solaire, le charbon propre, les bio fuels et investit massivement dans des réseaux d’électricité modernes. Selon les pronostics de l’Agence internationale de l’énergie, elle produira en 2035 plus d’énergie renouvelable que le Japon, les États-Unis et l’Europe réunis.Elle est forte pour appliquer tout ce qui est nouveau », explique Sherry Zhang, analyste qui couvre le secteur énergétique pour China Greentech Initiative, une plate-forme qui regroupe partenaires sociaux, entreprises et État dans le domaine des technologies vertes. Le budget dédié à l’armée inquiète les États-Unis et ses voisins asiatiques. Il croît d’environ 10% par an et a atteint 740 milliards de yuans en 2012. C’est un développement prioritaire pour la Chine, menacée d’étouffement par la pollution. Alors que seulement 50% du pays est urbanisé, il dépend encore pour près de 70% du charbon. La Chine s’est engagée à réduire sa consommation d’énergie par unité de PIB de 16% d’ici à 2015.L’année 2013 a vu la commande d’un premier porte-avions de fabrication 100% nationale, le lancement de son propre programme de navigation par satellite, équivalent de Galileo, et d’importantes avancées dans la finition d’un drone stealth de combat…Si l’armée chinoise est technologiquement encore très loin derrière celle de la première puissance mondiale, elle compte bien la rattraper, à terme. Si ces exemples sont loin d’être représentatifs de la Chine, dont l’offre technologique est encore derrière celle des États-Unis et de l’Europe, ils sont néanmoins symptomatiques. D’un pays de fabrication low cost, la Chine, désormais deuxième puissance économique mondiale, veut se positionner comme un pays d’innovation et de haute technologie.Si, souvent, les centres de R&D flambant neufs sont encore mal dirigés et inefficaces, ils attirent un nombre croissant de cerveaux étrangers et chinois partis faire leurs études aux États-Unis et prêts à revenir chez eux, où l’offre est plus attractive. Le défi pour la Chine est désormais de passer de la recherche de développement, celle menée par les entreprises (près de 70% du budget R&D) et axée sur l’adaptation de produits, à celle dite « fondamentale », ou recherche pure, celle qui donne lieu à la vraie innovation. C’est en Chine que l’on trouve l’ordinateur le plus puissant du monde (Tianhe-2, en chinois, « la rivière du ciel »)… Ou encore un train qui embarque les passagers sans s’arrêter en gare – il ralentit pour permettre l’arrimage de nacelles d’attente. Nul doute aussi que le prochain homme à marcher sur la Lune sera Chinois… Pour l’instant, 25% du budget R&D vient de laboratoires de recherche fondamentale, contre plus de 70% aux États-Unis et 66% en France. Voici quatre domaines où l’on verra de plus de plus de réussites chinoises. L’objectif de l’actuel plan quinquennal (2011-2015) est de doubler la production du secteur. L’industrie biologique et pharmaceutique s’est développée dans quatre pôles à travers la Chine, qui regroupent, sur un même lieu, laboratoires, capital-risque et recherche académique, le tout piloté par l’État. L’application de message WeChat, produite par Tencent, n’est qu’un exemple parmi d’autres. Mélange de Twitter, de Whats app et de Facebook pour téléphone mobile, elle cherche à s’imposer dans d’autres pays asiatiques et aux États-Unis où ses fonctions séduisent un nombre croissant d’utilisateurs. La Chine fait aussi des percées importantes dans l’Internet des objets avec des projets de villes connectées dans des quartiers de Shanghai ou de Wuxi, dans le centre du pays.Ces pôles de compétitivité attirent PME et laboratoires du monde entier. Cette politique commence à porter ses fruits.

Pierre-Alain Chambaz

 

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